Histoires de combat et de solidarité

Les voix du 17 octobre, journée internationale pour l’élimination de la pauvreté
« Je m’appelle Tracy. Paddy et moi, nous nous sommes mariés, nous étions à la rue. Nous n’avions aucun logement, nous couchions dans des maisons en ruines et dans des auberges quand nous le pouvions. Nous n’avons jamais eu d’endroit pour nous avant la naissance de notre deuxième enfant. Nous n’avions presque rien pour commencer.
Les moments les plus heureux, nous les ont vécus à Artane. Nous étions les uns sur les autres mais nous étions bien là-bas. Paddy avait son cheval et sa charrette et il pouvait ramasser de la ferraille. C’était sa fierté et sa joie. Si nous voyions des gens sans abri, nous pouvions toujours les emmener chez nous. Quelquefois cela a été notre perte mais nous ne pouvions laisser des personnes à la rue. Nous avons été nous-mêmes à la rue et nous savions ce que c’était.
Pour faire court, nous avons dû partir d’Artane. Paddy est resté dormir dans la rue. Mes enfants et moi sommes allés dans une auberge. Nous y avions deux chambres. Tous les matins nous devions quitter les lieux. Qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, vous deviez sortir. Nous trouvions Paddy dans le parc et nous restions là avec les enfants, puis nous passions le temps dans un café. Nous ne pouvions pas cuisiner là où nous étions. Nous devions nous débrouiller avec ce que nous avions…
C’est facile de casser une famille mais ce n’est pas facile de la garder unie.
Nous faisons tous des erreurs. Certains d’entre nous ont pris des drogues ou se sont mis à boire. Ce n’est pas uniquement notre faute. C’est à cause de ce qui nous arrive. Certains parents ont connu une vie plus dure que d’autres, surtout s’ils ont été élevés dans des homes d’enfants. Ils ont besoin de plus d’aide et de soutien, encore et toujours.
Certaines familles ont été sans abri, ont vécu dans des auberges et des foyers pendant deux, quatre voire même sept ans. Ce n’est pas juste. C’est partout à Dublin : des enfants grandissent comme ça, les familles n’ont aucune vie privée, chacun est sur le dos de l’autre. Je sais ce que cela fait à une famille.
Juste parce que nous sommes sans abri, nous sommes laissés pour compte. Nous devons nous mettre debout et ne pas laisser les gens nous traiter comme ça. Nous sommes le peuple qui vit cette situation, nous sommes le peuple qui doit agir et espèrer qu’un jour nous pourrons améliorer les choses pour tous.
Aujourd’hui je parle pour tous ceux qui ne peuvent le faire eux-mêmes. Je leur dis de lutter pour leurs droits, avec leur cerveau et non leurs poings. Je sais que si nous nous rassemblons et défendons nos droits, nous gagnerons. Ce que nous voulons, c’est une vie meilleure pour nous et pour nos enfants car les enfants sont notre avenir.
Je crois que les choses changeront. Je le sais. » Tracy Redmond, Dublin.
C’est une version tirée de l’une des nombreuses histoires de vies décrites dans « Stories of Struggle and Solidarity : Voices from the 17th October UN International Day for the Eradication of Poverty » (Histoires de combat et de solidarité : les voix du 17 octobre, Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, journée reconnue par les Nations unies). Ce livre donne la parole aux personnes, aux familles et aux communautés pour lesquelles la pauvreté et l’exclusion sociale sont des réalités quotidiennes. Leurs mots sont touchants et révélateurs d’autant plus que les vies dont ils parlent sont fortes, faites d’actes innombrables de résistance et de courage et sont remplies de gestes d’amitié et de soutien contre toutes les inégalités. Par dessus tout, ces histoires sont un appel aux gouvernements à travailler en partenariat avec ceux vivant dans la pauvreté et non à leur place.





