Haïti, et demain ?

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Tribune publiée en France dans "Le Figaro" du 11 avril 2010

Trois mois après le séisme, et au moment où se tenait à New York la Conférence internationale des donateurs pour un nouvel avenir en Haïti, les membres et amis haïtiens du mouvement ATD Quart Monde ont tiré quelques enseignements qu’il nous paraît important de retransmettre.

Beaucoup manifestent leur volonté que l’Etat reste maître d’œuvre de la reconstruction. « Il faut repenser la coopération internationale qui, à travers des ONG et les institutions internationales, contourne notre Gouvernement et l’humilie parfois ». Ainsi, devant la volonté de l’État haïtien de continuer à mettre sur pied une police solide, bien formée, un pays étranger s’est dit prêt à financer ce projet à condition de payer directement les fonctionnaires de police sans passer par le Gouvernement haïtien. « Quel pays au monde accepterait pareille tutelle ? »

Si l’aide de la communauté internationale est nécessaire, celle-ci ne doit pas se substituer à la communauté nationale. « Le Palais National est détruit. Je voudrais que ce ne soit pas des ingénieurs étrangers qui le reconstruisent, mais que ce travail soit confié à des ingénieurs haïtiens. De cette manière, quand on regardera le Palais, on pourra dire : ce sont les Haïtiens qui l’ont reconstruit ». « Que, dans un premier temps, le riz, l’eau et du matériel aient été acheminés depuis l’étranger était indispensable. Mais maintenant, il s’agit d’investir en priorité dans le développement des ressources du pays, en s’appuyant sur la force d’ingéniosité et de solidarité des Haïtiens. »

L’aide d’urgence distribuée par des ONG en lien avec le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies, a failli ne pas parvenir dans un des quartiers le plus pauvre de la périphérie de Port au Prince, peuplé pourtant de dizaines de milliers d’habitants. Personne ne voulait se rendre dans ce lieu dont le tremblement de terre n’avait pas réussi à faire tomber la mauvaise réputation. Il fallut qu’une militante d’ATD Quart Monde réussisse à y faire venir une responsable d’Action Contre la Faim pour que celle-ci se rende compte de la gravité de la situation et contribue à des distributions atteignant les plus démunis et respectant la dignité de chacun. Souvent, les ONG décident elles-mêmes ou sous la pression de leurs donateurs, d’aider 10 000, 20 000 ou 40 000 personnes, sans se donner l’objectif d’atteindre tout le monde. Cette « sélection » aboutit à un écrémage qui ne peut que susciter des violences.

Nos amis haïtiens nous disent leur refus que leur pays soit enfermé dans un statut de pauvre. Il ne faudrait pas que cela serve d’alibi, par exemple, pour que la reconstruction soit réalisée selon des normes sismiques inférieures à celles appliquées à San Francisco ou au Japon. Le tremblement de terre n’a pas fait de différence entre riches et pauvres. La reconstruction du pays en fera-t-elle de même ? Le projet « Yon vwa pou pep la » (une voix pour le peuple), soutenu par l’ONU, veut offrir à tous les Haïtiens la possibilité d’exprimer quel pays ils souhaitent et comment le construire ensemble. L’avenir de Haïti appelle à un chantier d’engagements et de transformations de toute la communauté internationale. Pour cela, il est impératif que la contribution des plus pauvres soit recherchée car elle est indispensable au nouveau vivre ensemble du peuple haïtien, comme au vivre ensemble de tous les peuples du monde.

Eugen Brand
Délégué général

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