Des gestes de solidarité "naturelle" qui n’excluent personne

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Histoire d’un chantier de solidarité à Ouagadougou

Guillaume, l’un des membres de l’équipe ATD Quart Monde à Ouagadougou revient sur le processus qui a conduit à la réalisation d’un chantier de solidarité, les leçons qu’il en tire et les questions que cela lui pose…

"Idrissa est un adulte qui connaît la Cour aux cent métiers depuis très longtemps. Il travaille aujourd’hui au ramassage des ordures. Il y a plusieurs mois, il était venu nous voir et nous avait dit avoir entrepris de construire sa maisonnette, dans un quartier non-loti à la périphérie de Ouagadougou, où il habite déjà un logement prêté par son employeur. Quelque temps après, il est revenu et nous a demandé un soutien. Avec l’aide de jeunes de son quartier, il avait déjà fait les briques et monté les murs ; une dame lui avait promis les tôles et lui, il économisait pour le ciment. Il ne manquait que la porte et la fenêtre. Nous l’avons accompagné chez lui. Arrivés dans le quartier, il nous emmena d’abord saluer des jeunes occupés à tisser des paniers. Puis, nous sommes allés voir son terrain. Nous avons constaté le fruit de ses efforts et l’avons encouragé, sans nous engager pour autant.

"Quelques jours plus tard, il est revenu à la Cour. Il était découragé car la dame qui lui avait promis les tôles lui demandait d’attendre. Il insistait pour que nous l’aidions à l’achat de la porte. Avec un autre volontaire, nous avons mis l’accent sur le fait que notre soutien n’aurait de sens que s’il pouvait placer les tôles en même temps que la porte et le fenêtre. Lui disant cela, nous avions l’impression de le mettre dans l’impasse, mais nous savions qu’ainsi, il serait obligé de trouver de nouveaux chemins. Près d’une semaine plus tard, il revient, un large sourire aux lèvres. Il s’est ouvert de ses difficultés à son patron qui lui a fait une avance et s’est porté garant pour l’achat des tôles. En équipe, nous acceptons donc de le soutenir pour la porte et la fenêtre, et convenons d’un dimanche, jour où Idrissa ne travaille pas, pour aller faire le chantier avec lui et les jeunes de son quartier. Le dimanche 10 février, nous sommes arrivés à 8 heures pour le chantier. Surprise, Idrissa et les jeunes avaient déjà monté le toit. Il ne reste qu’à fixer la porte et la fenêtre. Idrissa a le ciment chez lui. Le chantier se déroule bien. Idrissa paie l’eau pour le ciment. Il offre des cigarettes et des bonbons aux jeunes qui sont là. A la manière dont les gens le saluent en passant, on le sent connu et respecté dans son quartier. "

Le besoin de recourir à son entourage pour faire face aux urgences de la vie ou pour avancer dans ses projets est permanent. Guillaume en relève beaucoup d’enseignements :
• Dans un quartier en pleine transformation, ce chantier révèle des liens de solidarité qui, à la différence du centre ville, peuvent exister en grande périphérie comme dans les villages.
• Il s’inspire de gestes de solidarité « naturelle » qui font partie intégrante de la manière de vivre ensemble dans ce milieu.
• L’équipe ATD Quart Monde n’a avancé que dans la mesure où d’autres avançaient aussi. Elle s’est ainsi mis au diapason du rythme de chacun en laissant la première responsabilité aux gens du quartier.
• Le soutien apporté a permis de renforcer les liens entre Idrissa et son patron qui, en acceptant de se porter garant, s’est ‘mouillé’ avec lui face à d’autres.
• L’implication des jeunes du quartier a soutenu la qualité de l’intégration d’Idrissa à celui-ci. C’est capital pour lui, qui sait aussi que la sécurité de ses biens dépend de cette entente tant il serait facile de le voler, lui qui travaille toute la journée en ville.
• Le projet mené a été l’effet d’une relation et non sa cause. C’est parce qu’il y a une solidarité "naturelle" préexistante que le chantier a pu être mené à bien.
• Dans le contexte burkinabé, avoir sa propre maison est la condition de tout projet familial reconnu et soutenu par la famille élargie. Les efforts d’Idrissa et sa régularité dans son travail permettaient de penser qu’il était prêt pour cette étape et que le geste posé par l’équipe ATD Quart Monde pouvait avoir une portée d’avenir.

"Ces rencontres créent la paix dans les quartiers, les villages, cette paix que les très pauvres portent en eux et que le monde a besoin de connaître." (extrait du Document Public du Mouvement pour ses engagements 2008-2012)

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Sur le Web

"La rue n’a pas d’enfants ! "

…échos de récits rapportés et de réflexions échangées lors du séminaire organisé en Juin 2003 au Burkina Faso "s’unir à la famille de l’enfant qui vit à la rue".

Revue quart monde n° 189

http://www.editionsquartmonde.org/live/detail_produit.php?parm_produit=413&parm_cat=52-RQM

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Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés.
S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.

Joseph Wresinski

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