« Conte avec moi »

Depuis plusieurs mois, à partir des bibliothèques de rue menées dans quatre quartiers de la périphérie de Dakar (Sam Sam 2 et 3, Guinaw-Rail Nord et Xelcom), les volontaires et les animateurs bénévoles ont créé avec les enfants un conte :« Mbale Picci » .
L’histoire s’inspire de la vie des enfants et a vu le jour après un week-end d’initiation aux contes dirigé par le conteur sénégalais M. Babacar Mbaye Ndakk.
Ce conte s’inscrit dans un projet plus large autour des droits de l’enfant. Ce projet a mobilisé les animateurs de bibliothèques de rue. Pendant 8 mois de travail, les enfants et leurs parents ont pu s’exprimer sur leur vision des droits de l’enfant à travers la parole et le dessin.
Les illustrations du conte ont été réalisées dans les quartiers par les enfants eux mêmes.
Un financement accordé par l’Ambassade d’Espagne pour « la mise en valeur du patrimoine immatériel par les enfants et jeunes vulnérable du Sénégal » a aussi permis la réalisation d’un livre.

Pour clôturer le projet, il devenait évident que ce conte devait être mis en scène et que les œuvres de enfants devaient être exposées. Ce fut là un grand défi que de faire travailler une trentaine d’enfants des 4 quartiers où le mouvement ATD Quart Monde intervient. Aujourd’hui la chanson « wichi wacha » et le nom de « Mbale Picci » résonnent dans les quartiers, même loin des lieux d’animations, comme une petite note d’espoir, de fierté et de joie.
L’exposition des enfants sur leur travail autour du conte et de leurs droits, et l’adaptation théâtrale ont été présentées le 23 décembre dernier, au centre culturel Blaise Senghor, devant près de 300 personnes, dont la ministre de la Famille, d’autres membres de ses services et des représentants d’une vingtaine d’associations.

En lever de rideau, enfants, parents et animateurs ont témoigné de leurs vies et leurs efforts.
Pour les parents, « à cause des inondations les enfants sont malades. Là où on habite on nous oblige à quitter parce que les terrains ne nous appartiennent pas. Nous vivons en sursis. Ne pas avoir de maison est une des choses les plus difficiles pour la famille. »

Au nom des animateurs, l’un d’eux expliquait : « Il y a l’énervement parfois dans les quartiers, la vie devient critique. La pauvreté fait que les enfants voient des choses qu’ils ne devraient même pas connaître. Ce ne sont pas des lieux faciles pour éduquer des enfants. Malgré tout cela les parents poussent leurs enfants à aller travailler, ou à étudier, ou les envoient chez des parents plus aisés pour chercher un avenir différent. »
Quant aux enfants, ils insistaient sur l’importance d’avoir des amis. « Avec les amis, la vie est plus facile. Avec les amis on apprend à s’aider les uns les autres, à partager. Quand il y a une dispute ce sont les amis qui calment les choses et qui séparent ceux qui se disputent. Et puis quand tu es malade, bien sûr c’est bien d’aller à l’hôpital mais ce qui est mieux c’est d’avoir des amis qui viennent te rendre visite et savoir que tu n’es pas seul. »
Ils ajoutaient : « Rester avec nos parents c’est important, même si c’est difficile pour eux, même si certains jours, il n’y a rien à manger. Car ce n’est pas que nos parents ne nous aiment pas c’est qu’ils n’ont rien pu ramener ce jour. Est-ce que manger est un droit ? Nous les enfants, nous demandons à rester avec nos parents et à pouvoir vivre dans une maison d’où personne ne te dira de partir. »
Soutenus par les animateurs engagés fidèlement à leurs côtés, les enfant ont exprimé par leur travail à qui veut entendre que lorsque la vie et la reconnaissance de tout un milieu est bafoué, le respect des droit des enfants est impossible.
En conclusion de la journée, un appel a été lancé pour soutenir les communautés auxquelles appartiennent les enfants, afin qu’elles puissent pleinement assumer leur responsabilité vis à vis des enfants, vis à vis de leurs enfants.





