Changer les règles du jeu

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Article paru dans "Le Quotidien de La Réunion" du 27 mai 2009

Délégué d’ATD Quart Monde dans l’Océan Indien, Xavier Godinot intervenait hier au colloque « Intégration et exclusion à la lumière de l’interculturalité » où il a notamment présenté l’ouvrage : « Éradiquer la misère. Démocratie, mondialisation et droits de l’Homme ».

Éradiquer la misère peut sembler utopique, mais « c’est un effort à poursuivre sans cesse. Le jour où on s’arrête de tendre vers ça, ce sera catastrophique pour l’humanité », lance Xavier Godinot.

Le Délégué d’ATD Quart Monde dans l’Océan Indien, diplômé de l’Institut d’étude politique de Paris et docteur en science économique, évoque le travail réalisé par son Mouvement et apporte des pistes pour résorber la misère dans un ouvrage qui vient d’être publié (aux Presses Universitaires de France).
« Éradiquer la misère » est « un travail collectif qui a demandé quatre ans et les auteurs sont des volontaires permanents », précise-t-il en soulignant que »nous avons voulu conjuguer approche de terrain et connaissances scientifiques ».
La démarche d’ATD Quart Monde est présentée à travers quatre histoires de vie écrites sous le contrôle des personnes concernées. Paul, un Burkinabé ayant vécu quatre ans dans la rue finit par renouer avec sa famille et trouver un travail. Mr Kific, en France, a vécu dans la rue pendant 5 ans, y a rencontré sa compagne avec laquelle il a eu un enfant (placé à la naissance). Il a pu entrer dans un centre d’hébergement, puis trouver un logement, un emploi et reprendre leur enfant au bout de trois ans. Deux exemples qui illustrent le fait que l’on peut sortir de la misère.

« L’archétype du misérable c’est celui qui n’a rien, n’est rien et n’a personne », souligne Xavier Godinot en expliquant que pour aider ces personnes il faut d’abord comprendre leur expérience, ne pas arriver avec des solutions toutes faites, mais savoir à quoi ils aspirent et soutenir leurs efforts.
Il est également essentiel de pouvoir recréer des liens permettant d’accéder à des droits (santé, travail…). Mais lorsqu’il n’existe pas d’opportunité de pouvoir trouver un emploi stable, durable, il est beaucoup plus difficile d’éradiquer le misère comme l’illustrent les cas de Mercédita aux Philippine (aujourd’hui décédée après avoir attrapé la tuberculose et vendu son petit commerce ambulant pour s’acheter des médicaments) ou encore d’une famille péruvienne.

« Il faut un mouvement social »

Pour que les personnes ne se maintiennent pas dans la pauvreté, « il faut transformer la législation pour obtenir des droits aux plus pauvres », estime Xavier Godinot.

Celui-ci évoque une autre problématique : celle de la mondialisation. Si certains pays du sud en ont profité, comme la Chine, l’Inde ou la Corée du Sud, d’autres, comme l’Afrique subsaharienne et Madagascar sont restés sur la touche.
Si la déclaration universelle des droits de l’Homme est « un temps fort de mondialisation citoyenne », depuis « il y a deux formes de mondialisation : celle des droits de l’Homme soutenue par de nombreuses ONG et la mondialisation néo-libérale qui a augmenté les inégalités dans le pays et entres les pays », dit-il estimant qu’il faudrait corriger la seconde par la première.
ATD Quart Monde prône une restructuration des aides publiques au développement des pays pauvres. « Il faut rendre opposables les droits de l’Homme aux grandes organisations comme la Banque Mondiale, le Fond Monétaire International, mais aussi les grandes entreprises multinationales », poursuit Xavier Godinot estimant que tout ce qui est contraire aux droits de l’Homme doit devenir illégal.

Mais pour arriver à changer les règles du jeu d’un système économique générateur de misère, « il faut que la société civile se mobilise. Il faut un Mouvement social pour y parvenir », affirme Xavier Godinot. « On avancera si on crée une convergence et les Mouvements comme le nôtre », poursuit-il en soulignant que le mouvement social doit rejoindre les plus pauvres là où ils sont. Mais il est souvent difficile de trouver des volontaires acceptant de se mettre à l’école des plus pauvres.

P.E.

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Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés.
S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.

Joseph Wresinski

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